Un clic, des claques !

Par Florent - 9/12/2005
Le tour de France des collèges dans votre ville....

L’an dernier, la société Calysto nous avait contacté pour nous proposer de devenir le temps d’un tour de France des collèges organisé par le Ministère, les ambassadeurs d’Internet.

Cette semaine, j’ai eu l’occasion d’assister à cette manifestation, finalement sans Epnologue, intitulé "Un clic, déclic". Compte-rendu critique.

Le principe est intéressant. Aller de ville en ville, pour présenter aux collégiens les atouts et les dangers du Net. Selon le programme officiel « cette opération a pour but d’aiguiser leur sens critique vis-à-vis de ce média et de ses contenus, d’éveiller leur curiosité afin de diversifier les pratiques de l’Internet [et] de les sensibiliser aux risques encourus et de les aider à développer une démarche morale et citoyenne ».

D’abord, face aux élèves, l’animateur ne se présente pas. Qui est-il ? Que fait-il ? Pourquoi parle-t-il ? L’intrusion d’un élément étranger au corps enseignant au sein du collège se fait sans autre prodrome qu’un questionnaire sur l’équipement et les usages, aux destinataires également inconnus. L’identification de l’émetteur n’est-elle portant pas essentielle sur le Internet ? Puis la présentation commence, quand au bout d’à peine 2 minutes, alors que l’on vient tout juste d’apprendre que le Net regorge de tout ce qu’on aime, le terme “charte d’utilisation” est lancé, ignorant que commencer une présentation par l’aspect le plus restrictif et orienté “collège”, quand le discours se veut plus large, est pédagogiquement et oratoirement contre-indiqué.

Mais on comprend que cela donne le ton d’un discours alarmiste. Cette peur a 2 instruments : les claques pénales et les pervers vicieux. Années de prisons et amendes de dizaines de milliers d’euros s’accumulent à force de téléchargements malhonnêtes, de droits à l’image violés ou de diffamations honteuses (sobrement surnommée « le sport des jeunes » !), tandis que chats et forums sont les bacs à sable numériques des pédophiles et pirates. Et de citer l’exemple choc de l’homme nu qui attendait une jeune fille derrière sa webcam sur MSN. La sentence est simpl(ist)e : ne jamais croire personne sur le réseau car tout inconnu est un ennemi jusqu’à preuve du contraire.

Cette harangue sécuritaire, braquée sur le doute et la répression, est dans l’air du temps. Mais si la tactique de la peur peut être efficace pour amadouer la population, je m’interroge sur son bien fondé pour des adolescents, obligatoirement rebelles. Il ne s’agit pas là de défendre l’illégal et de cautionner les délits. Je me questionne simplement sur la pertinence de l’épouvantail « casier judiciaire » (le plus efficace à en juger les réactions des jeunes assis), quand le débat n’est pas prévu, et les réactions des collégiens quasi-inexistantes. Que la conférence soit soutenue par les syndicats de majors n’étonne pas.

Au milieu de ces périls, il y a Google, bouée de sauvetage pour surfeur inexpérimenté. On nous présente le moteur de recherche n°1, en expliquant l’intérêt d’un mot-clé pertinent. Pourtant, ce cours de recherche très sommaire ne traite ni des opérateurs booléens, ni de la différence entre moteurs et annuaires, ni n’explique les liens commerciaux. En revanche Google n’est pas qu’un moteur de recherche, et c’est aussi un éditeur d’actualité dont on nous vante les mérites pour s’informer, de manière sure. Multipliant les sources comme d’autres les pains, il permet ainsi de croiser les informations et d’éviter les intox. Il semblerait alors ridicule de noter que les 500 sites référencés ne font souvent que recopier mot pour mot le fil AFP, limitant la pluralité. Inutile de rappeler que le croisement des sources passe aussi par la confrontation de la nature des supports (journaux, sites officiels, encyclopédies en ligne...). Farfelu de citer Hoaxbuster comme site de référence sur les canulars du web étant donné qu’une chaîne serait par définition toujours fausse, et qu’il faudrait la jeter sans même la vérifier. L’information est partielle et partiale. Pour finir de promouvoir la société vedette du Nasdaq, sont mises en avant les vertus pédagogiques de Google Earth, bien pâles face à d’autres outils. Mais Google est formidable. D’autant qu’il finance le projet. On apprendra même que l’on peut chercher des offres d’emploi via ce célèbre moteur !

Mais l’entreprise californienne n’est pas le seul partenaire, aussi verrons-nous sur les images vidéoprojetées les mails Wanadoo, la plateforme de téléchargement Itunes, et le service de messagerie instantanée MSN messenger, outils égrainés avec un ton peu habité de parodie de réclame, enveloppé d’une posture de faux jeune « je suis comme vous ». Pas d’antivirus partenaire, alors on cite Avast, logiciel gratuit. S’appuyer sur les outils les plus utilisés par les jeunes pour les intéresser, pourquoi pas, mais expliquer les valeurs de Google Earth ou passer plus de temps sur les fonctionnalités de MSN messenger que sur le tchat, cela me dérange. A quand Mappy ?

Le soir, professeurs et parents ont aussi le droit à un cours. Mais ce qui est frappant, outre la distance qu’ont les adultes à rattraper en la matière, c’est le changement de ton. Moins pote mais plus complice, l’animateur s’autorise digressions, débat, critique d’un sponsor, et même une étrange partialité véhémente contre les majors. Adapté aux parents, le discours est plus pédagogique, les risques répressifs moins présents, la charte de bonne conduite oubliée. Une vidéo de jeunes collégiens montrent qu’ils ont bien appris la leçon. Et surtout qu’ils sont moins crédules vis à vis de la machine que ce que pensent leurs parents.

Peut-être qu’une tendance d’anthropomorphisme me fait croire les jeunes ados plus raisonnés qu’ils ne le sont en réalité. Leur assener les vérités pénales sur les délits numériques, les avertir sur les risques psychosexuels du réseau, je ne suis pas contre bien sûr. Mais quand il y a 15 ans, on m’expliquait qu’il ne fallait pas suivre un inconnu dans la rue contre les risques d’abus sexuels, on ne cherchait pas à faire de tous les passants des pédophiles en puissance. L’outrance réveille, mais si elle dure, elle provoque rapidement à mon avis un rejet.

Il ne s’agit pas d’attaquer des personnes, mais plutôt une logique. Celle, introduite depuis peu au Ministère de l’Education qu’une information peut être sponsorisée. Celle de l’introduction des marques dans l’enceinte scolaire. Celle qui instille la peur et la méfiance dans la société. Cette action vise à former des internautes-citoyens. Mais je ne vois pas de citoyenneté dans ces propos. S’il y a des devoirs, et surtout des interdictions, rares sont les droits mentionnés, comme celle relative à la loi Informatique et Liberté, alors même qu’à 1 classe sur 2 il a été fait mention que Skyblog revend les coordonnées de ses abonnés. Et pire encore à mes yeux, l’aspect participatif de la citoyenneté n’existe pas. Or qu’est-ce qu’un citoyen passif envers la vie de sa communauté ? Un spectateur. Un consommateur. Faire des jeunes des consommateurs du Net est normal pour Google. Beaucoup moins pour un gouvernement et une association familiale.

Je ne condamne pas l’initiative d’informer sur les atouts et dangers de la Toile, mais semonce quant à la forme et au contenu. Si ce billet est considéré comme infamant, je sais désormais grâce à « Un clic, déclic » que je risque 1 an de prison et 15 000 € d’amende. Mais mes lectures antérieures m’ont également appris qu’il existe en premier lieu un droit de réponse, régi par les lois de la presse, même en matière numérique...



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