Le B2I nouveau est arrivé !

Par Florent - 18/12/2006
Point de vue

En même temps que le Beaujolais nouveau et le socialisme nouveau, l’avenir de l’éducation des TICE (entendez Technologies de l’information et de la communication appliquées à l’Education) en France, a été publié au BO le 3e jeudi de novembre.

L’occasion pour moi de livrer quelques réflexions sur l’usage du multimédia à l’école.

Depuis 1 an, j’observe in situ les pratiques des ouvriers de l’éducation nationale, que sont les professeurs de collège. Indirectement liés à l’accès public à Internet, l’intégration des technologies dans l’enceinte scolaire est aussi périlleuse que nécessaire. Car le fantasme d’une génération « Internet », où les ados en sauraient plus que les adultes, est peut-être vrai dans les milieux favorisés, mais totalement faux dans ma pratique quotidienne. La saisie d’une URL est déjà parfois un grand défi.

Rappelons que l’envie est durable. La prémices sont à trouver dans la rencontre à Sèvres des pays de l’OCDE, à propos de « l’enseignement de l’informatique à l’école secondaire ». Puis vinrent deux rapports sous Giscard, « Informatique et société » par Nora et Minc (1978) et sur « l’éducation et l’informatisation de la société » par Simon (1980), puis le premier plan « 10 000 micro-ordinateurs » pour l’équipement des collèges. Mais les effets furent aussi restreints que l’informatique de l’époque. 5 ans plus tard, le « Plan Informatique Pour Tous », destiné à permettre à tous les enfants de découvrir l’informatique est lancé par Laurent Fabius. Mais faute de support et d’une véritable formation des enseignants, souvent aussi novices que leurs élèves, ce plan se résume souvent au sauvetage de Thomson, et à l’empoussiérage des MO5 et TO7 dans des salles oubliées. Et ce jusqu’au plan Allègre, aux objectifs identiques, aux résultats portés par le courant de la société de l’information.

Depuis 10 ans, l’équipement des lieux d’enseignement a été décidé par le ministère et les collectivités locales. Quasiment tous les établissements sont aujourd’hui équipés. En parallèle, il fallait donc intégrer ce matériel dans le système pédagogique. Cela c’est fait par une évaluation, art au combien maîtrisé par l’école française : le brevet informatique et Internet est né, avec pour objectif, selon le BO de 2000, de spécifier un ensemble de compétences significatives dans le domaine des TIC et d’attester leur maîtrise par les élèves concernés.

L’intérêt du B2I est son caractère transdisciplinaire. L’idée est de ne pas faire un contrôle-sanction à la fin de la scolarité, par un professeur, mais de valider les compétences en situation, au gré de l’usage des TIC dans les matières, lors de recherches d’histoire, d’exercices d’anglais, ou de travaux de technologie. Ainsi ce sont bien les usages qui sont attestés et pas un savoir empirique.

Le problème est qu’en 6 ans, personne ne s’est vraiment attelé à la tâche. Dans les collèges, les professeurs ne se sont pas senti concernés. Quand ce brevet facultatif était mis en place, il fut bien souvent relégué aux seuls professeurs de technologie. Avec l’obligation pour l’obtention du brevet 2007, cela commence à faire grincer des dents.

Outre un manque de volonté évident de bousculer leurs habitudes, les professeurs n’ont pas toujours les moyens. Les salles informatiques ne disposent pas de plus de 20 postes, or des classes de 20 élèves n’existent pas et faire cours avec 30 élèves sur ordinateur serait un suicide programmé. De plus les enseignants ne sont pas obligatoirement à l’aise avec les technologies. Utiliser chez soi l’informatique est un chose, l’intégrer aux cours n’est pas une évidence. Et ils ne sont pas aidés puisque l’IUFM, qui demandait aux stagiaires cette utilisation, ne fournissait pas de méthodes pour le faire tandis que le nombre des formateurs TIC de l’éducation nationale décroît. A une question que je posais au responsable TICE de la rue de Grenelle, sur l’incohérence de demander à des profs de valider des usages sans qu’ils ne les maîtrisent, Benoit Sillard fut fier de me répondre que c’est désormais chose faite. Mais si les stagiaires de cette année connaîtront au mieux les possibilités des TICE, quid des professeurs en poste ? Devra t-on attendre 20 ans pour que la majorité des profs soit issue de l’IUFM des années 2000 et connaissent ainsi les joies du multimédia ? Et ce sans réfléchir aux mutations rapides des techniques, des logiciels, des possibilités ?

Une des solutions est donc de disposer d’un animateur TIC. Encore faut-il qu’il ait des notions de pédagogie pour ne pas se limiter à de la maintenance technique, rassurant les enseignants mais n’apportant pas de solutions pour l’adaptation des cours. Les académies compensent les manques par des listings en ligne d’exercices appropriés.

Concernant le B2I en lui-même, l’analyse des modules est intéressant. Ils intègrent la maîtrise des techniques, comme celui du vocabulaire, ne se limitent pas au « on-line », et abordent les bonnes pratiques. Mais comment évaluer certains items, comme l’attitude citoyenne, quand le droit d’auteur n’est pas respecté par les profs eux-mêmes, que ce soit par le photocopillage ou l’absence des sources ? Et quel esprit critique vis-à-vis de l’information peut-on avoir en CM2 ?

Se pose aussi le problème du courriel, technique celui-la. Impossible de faire créer à chacun un compte webmail sans risquer d’être responsable de son usage. Difficile de mettre en place des messageries sur réseaux internes.

La difficulté réside également en la réussite d’une évaluation homogène durant les 4 ans. Que peu importe les profs que l’on a, technophiles ou non, les élèves puissent avoir validé les mêmes compétences. Et là, il faudrait une concertation, un travail en commun, dont mes collègues n’ont pas l’habitude. L’enseignement est une profession libérale fonctionnarisée.

Le dernier problème enfin, plus général, est celui de l’explosion du nombre de certifications informatiques. Le B2I a 3 niveaux (école, collège, lycée), suivi du C2I. Mais les EPN délivrent le PIM, les GRETA le B2IFC, les ANPE le Certificat "Naviguer Sur Internet", les entreprises de formations le PCIE, les agents de la fonction publique passent le DEFI, localement, le conseil régional de Nord-Pas-de-Calais soutient le TIM P@SS, etc. Autant de certifications que de structures. Impossible d’y comprendre quelques choses, ni de le valoriser professionnellement, donc d’imposer son intérêt à l’organiser. Sans faire un diplôme, harmoniser les certifications, unifier les dénominations, tout en autorisant la modulation (on pourrait pas exemple dire que l’on a validé dans un Nouveau C2I, 2 modules sur 6, "bureautique" et "navigation"), permettrait de clarifier les critères et d’atteindre une masse critique de notoriété.

Bref la route est droite, mais la pente est forte. L’engouement à l’éducation aux TIC est plus grand que n’a jamais été celui de l’éducation à l’image. Mais les habitudes sont longues à changer, les réticences toujours promptes. On répond moyens, je pense qu’il s’agit plus d’un problème d’organisation et de volonté. De l’efficience pour atteindre l’efficacité.



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