Billet d’humeur

Etat et logiciels libres

Par Florent - 3/02/2005

A l’occasion du salon Solutions Linux 2005 au CNIT de la Défense, on parle aujourd’hui de l’abandon progressif des outils propriétaires par les administrations publiques. Aujourd’hui, gendarmerie et Finances sont en tête de ligne. Et on annonce prochainement la libération de la Place Beauvau(1).

Il y a déjà quelques années que la voie a été tracée. La Police Nationale était ainsi déjà passé à OpenOffice, nombre de sites ministériels sont sous SPIP, version agora, et il y a quelques mois, Renaud Dutreil menacé Microsoft en négociant des prix plus bas.

Les raisons d’un tel changement ? Nous les lisons dans un billet de Tristan Nitot(2) :
-  "Conformité aux normes -> solutions de référence ;
-  Modularité -> adaptable aux besoins ;
-  Acces non exclusif -> corrections rapides ;
-  Flexible et adaptables d’expérimentation -> Possibilités d’expérimentation ;
-  Pas de coût d’entrée -> Pas besoin de contrat public a priori
"

On ne peut que se réjouir, sinon d’être anti-communiste comme Bill Gates, de cette ouverture du marché public. Le logiciel libre doit à la fois conquérir monde professionnel et grand public, qui ainsi s’auto-alimentent. Mais en même temps que cettre migration vers le continent libre, l’Etat défend fermement, lobby des éditeurs et compétitivité économique obligent, les logiciels propriétaires. Les agences ministérielles hésitent en permanence entre soutien au secteur privé et adoption d’outils libres.

Et puis, je me pose une question. A peu près la même depuis longtemps. Comment valoriser le travail fait sur ces logiciels ? Les développeurs sont toujours passionnés, souvent bénévoles, parfois chômeurs. Dans ce cas, comment l’Etat peut profiter d’un travail non-rémunéré. Economiquement, ca lui réduit ses dépenses, mais fait sortir du circuit économique une valeur ajoutée non dédaignable en ces temps de crise. Politiquement, l’Etat ne paye pas à sa juste valeur (car on peut tous considérer que OpenOffice ou FireFox valent plus de 0 euro).

Imaginons, vous êtes chômeur. Vous avez donc du temps libre. Fan de programmation, vous tapez des lignes de codes pour passer le temps. Vous n’avez pas le droit aux allocations, ou celles-ci fondent à vue d’oeil. L’Etat n’a pas de budget infini, il ne peut donc pas proposer à tous et tout le temps, un SMIC chômage. Normal. Et dans le même temps, l’Etat lui profite de votre travail bénévole, pour réduire ses coûts et ainsi financer des budgets qui ne vous serons pas alloués. Les priorités sont autres. Pourquoi pas.

L’Etat peut-il etre radin ? L’Etat peut-il ne pas payer quelque chose à son prix juste ? L’un des problèmes majeurs du monde du libre sera probablement sa légitimation, dont dépendra surement sa pérénité. Pourquoi un bénévole prendrait tant de temps pour que ce travail ne lui profite pas. Les motivations s’épuisent, et les relais ne sont pas toujours facile à donner. Certes certains trouvent grâce à ce passe-temps un travail, à l’image de Ben Goodger, ingénieur en chef chargé du développement du Firefox, embauché par Google. Mais combien reste sur la touche pour une durée indéterminée ? L’Etat n’est pas une simple entreprise, et la gestion de bon père de famille ne suffit pas à la Nation. On se plaint parfois de ceux qui profitent du système social français, il ne faudrait pas que les pouvoirs publics montrent le mauvais exemple en profitant du système du libre sans contrepartie. Il y aura certes les modifications mises à disposition, mais seront-elles importantes ? Je ne dis pas que tout doit être développé par un système "capitaliste". Le bénévolat est sain dans une société. Mais à l’heure où Patrick Devedjian, ministre délégué à l’Industrie, affirme que "le concept du tout gratuit est une illusion (..) tout a un prix"(3), cette double action étatique m’intrigue.

Florent Lajous

Notes

-  (1)Firefox à la conquête des entreprises et administrations, ZDnet, 03/02/2005
-  (2)Le Ministère des Finances et le logiciel Libre, Standblog, 03/02/2005
-  (3)Devedjian répond à l’appel de l’Obs, nouvelobs.com, 03/02/2005



<BOUCLE_forums>
Erreur MySQL
SELECT forums.* FROM spip_forum AS forums WHERE (forums.id_article='74') AND forums.id_parent=0 AND forums.statut='publie' ORDER BY forums.date_heure DESC
Table 'epnologues.spip_forum' doesn't exist
</BOUCLE_forums>